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C'est là où la péninsule italienne se rétrécit toujours plus avant de terminer tout à coup sa trajectoire vers le levant que se déploie la Calabre, le pied de la botte. Le voyageur qui vient du Nord, pénétrant dans la région entourée par la mer et parsemée de montagnes, sent qu'il plonge dans un tissu de réalités et de mythes, d'imaginaire mais aussi de réalités concrètes témoignées avant tout par ces côtes qui ont joué un rôle important dans son histoire. Après avoir franchi le Pollino, il suffit de parcourir encore quelques kilomètres seulement pour se retrouver sur les plages de Praia a Mare et Scalea, sur la mer Tyrrhénienne. Un peu plus loin, au-delà des collines de Spezzano, s'étend la plaine de Sibari sur la mer Ionienne. On trouve ainsi en un mouchoir de poche deux mers, l'une face à l'autre et très près l'une de l'autre, se disputant chacune l'image de la côte calabraise. Mais ce qui est extraordinaire et qui rend cette région unique c'est que, où que l'on aille à l'intérieur de la dorsale calabraise, aucun point de la région ne se trouve à plus de cinquante kilomètres de la mer. Et en moyenne à trente kilomètres seulement. Et plus l'on va vers le Sud et plus la distance se raccourcit. La chaîne apennine part du massif du Pollino, traverse le plateau du Silano, saute sur les monts Reventino et Mancuso qui servent de charnière à l'isthme calabrais, franchit ensuite les Serre et termine sa course sur l'Aspromonte, cette grande montagne en forme de patte d'oie qui regarde l'Etna et les îles Éoliennes. Et si ce n'était le fait que les montagnes séparaient la région, il serait alors possible de la parcourir en un rien de temps. Les trois principales plaines, Sibari, Lamezia et Gioia Tauro, extrêmement fertiles, constituent un lieu très propice pour les plantations d'agrumes, tandis que les douces collines fournissent des huiles d'olive prisées et, plus haut encore, les châtaignes constituent les fruits d'automne. Avec plus de 780 kilomètres de côtes, la Calabre peut se vanter, parmi les régions de la péninsule, d'avoir le plus vaste front de mer continu. Un périmètr e très long et varié, depuis les basses plages ioniques qui commencent à Rocca Imperiale en direction des lacs de Sibari, puis vers Punta Alice, dans la région de Crotone, jusqu'à Capo Colonna, et ensuite, après avoir traversé le golfe de Squillace et franchi les récifs de Bruzzano Zeffirio, vers Capo Spartivento, le 38e parallèle, jusque vers Reggio de Calabre, pour remonter ensuite la botte par Scilla à Capo Vaticano, en traversant le port de Gioia Tauro, puis le golfe de Sant'Eufemia en suivant la côte de la Riviera dei Cedri jusqu'au Lido de Tortora. 780 kilomètres de scénarios changeants et opposés. Une terre splendide qui rappelle la Magna Graecia, la tradition de ses civilisations, avec ses nombreuses réalisations civiles, culturelles et artistiques ornant les nombreuses villes côtières, qui a toujours été l'une des plus fortes suggestions spirituelles de la conscience européenne. Ce n'est donc point par hasard si, de Cicéron à Lenormant, de la Rome Antique jusqu'à une grande partie du XIXe siècle, la Calabre et la Magna Graecia ont été considérées comme étant une seule et même entité. D'ailleurs le périple est parsemé par les anciens vestiges de Sibari, Crimisa, Petelia, Squillace, Caulonia, Locri, Regio, Metauro, Melissa, Ipponio, Terina, Temesa, Clampetia, Sidro, Lao. Mais le parallèle ne s'arrête pas ici. Les voyageurs qui se rendaient en Calabre au XVIIIe et au XIXe siècles, des personnes cultivées et sensibles, trouvèrent une région qui parlait à travers les ruines et les symboles qui donnaient sur l'une ou l'autre mer, procurant en outre une image alpestre, rude, retranchée sur des montagnes isolées. Des écrivains de renom, de Denon à Douglas, s'y rendirent. C'est sur ces terres que naquirent Cassiodoro, Gioacchino da Fiore, Barlaam da Seminara (qui enseigna la langue grecque à Pétrarque), Leonzio Pilato (le premier à traduire l’Iliade et l’Odyssée d'Homère du grec au latin), Bernardino Telesio, Tommaso Campanella, Mattia Preti, Umberto Boccioni, Corrado Alvaro, Raf Vallone, Leopoldo Trieste, Aroldo Tieri, Mimmo Rotella, Renato Dulbecco (toujours en vie), G Gianni Versace. La période grecque fut marquée par le débarquement des Grecs sur les côtes calabraises qui prirent les terres aux Bruzes (obligés de se replier dans l'arrière-pays et dans la partie septentrionale de la Calabre) et se mélangèrent aux autres peuplades autochtones, créant ainsi une culture métissée extrêmement florissante au cours des siècles qui suivirent. Aux VIe et Ve siècles av. J.-C. les Grecs fondèrent des colonies si florissantes et magnifiques que ceci leur valut le surnom de Magna Graecia (Grande Grèce), et si importantes qu'elles dépassèrent, dans certains cas, leur mère patrie. À l'époque romaine, après la conquête par les Romains, au IIIe siècle av. J.-C., les territoires occupés prirent le nom de "Brutium", mais à l'exception de quelques villes alliées, et donc non soumises à l'autorité de Rome, une grande partie de la région ne fut plus en mesure de retrouver sa prospérité d'antan. Les polis de la Grande Grèce étaient allaient donc perdre leur pouvoir en faveur d'une alliance (dans certains cas) ou d'une colonisation romaine. Le seul bastion restant de la langue et de la culture grecques était Reggio – qui était par ailleurs le siège du Corrector, c'est-à-dire le gouverneur de la Regio III Lucania et Bruttii – qui, grâce à la Via Popilia, reliait son port à Rome. Après la chute de l'Empire, la Calabre fut dévastée par les guerres gothiques, entre les goths et les byzantins, ces derniers ayant à la fin le dessus sur les lombards. Les Byzantins ajoutèrent ainsi la région du Bruze aux terres qu'ils possédaient déjà dans le Salento, formant ainsi le Duché de Calabre. Par la suite le domaine byzantin en Italie méridionale fut divisé en Thema de Langobardie, avec pour capitale Bari, et Thema de Calabre, avec pour capitale Reggio. Ce dernier territoire a hérité du nom de "Calabre", précédemment utilisé pour désigner la péninsule salentine. Pendant le haut Moyen-Âge, les habitants furent repoussés vers l'intérieur de la région aussi bien par les épidémies de peste que par les incursions des pirates, véritable menace pour les implantations côtières, e t ce jusque vers la fin du XVIIIe siècle. Nombreuses furent en effet les fortifications sur les collines et les montagnes de l'arrière-pays calabrais, constitué de villages retranchés en une position suffisamment reculée et inaccessible de façon à pouvoir repérer à temps les navires ennemis et barrer rapidement les voies d'accès aux centres habités. Aux IXe et Xe siècles, la Calabre était une terre de frontière entre les Byzantins et les Arabes établis en Sicile qui se disputèrent longtemps la péninsule, sujette à des razzias et des escarmouches, dépeuplée et démoralisée, mais avec ses importants monastères grecs, véritables citadelles de la culture. La rivalité arabo-byzantine à la fin réglée par la famille normande des Altavilla. L'an 1061 établit en effet que la Calabre appartient aux Normands, subdivisée entre Robert Guiscard, Duc de Calabre, et Roger, Comte de Calabre. Les actes de la mise en place de ce gouvernement furent préparés par les autorités grecques locales. Leur domination s'étendit ensuite aux Pouilles, mettant ainsi un terme à l'influence byzantine. Robert confirme Reggio comme capitale du Duché de Pouilles et de Calabre et siège du giustizierato de Calabre et se nomme lui-même Duc. Roger, nommé quant à lui Comte de Calabre et vassal de son frère Robert, s'installe à Mileto. À l'ère moderne, en 1098, le Pape Urbain II investit son frère Roger du titre de nonce apostolique et la dynastie des Altavilla devint ainsi les précurseurs du Royaume de Naples et du Royaume des deux Siciles qui domina la Calabre jusqu'à l'unité de l'Italie. Le Royaume de Naples subit lui aussi plusieurs dominations: les dynasties des Habsbourg, d'Espagne et d'Autriche, la dynastie française des Bourbons et, pour une courte période le général Napoléon, Joaquim Murat, qui fut exécuté dans la petite ville de Pizzo. L'Aspromonte fut le scénario d'une célèbre bataille du Risorgimento où Giuseppe Garibaldi fut blessé. Aujourd'hui encore, il est possible d'admirer l'arbre creux où, d'après la tradition, Garibaldi s'assit pour y être soigné, à proximité de la station de ski de Gambarie.
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